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Nues de dos

 
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allegro


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Inscrit le: 05 Mar 2009
Messages: 661

MessagePosté le: Mar 14 Avr - 13:43 (2009)    Sujet du message: Nues de dos

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NUES DE DOS  







Lorsqu'un peintre entreprend une toile, la première question qui se pose à lui est celle de l'angle sous lequel il va peindre son modèle, s'il peint d'après modèle, ou son sujet, s'il peint selon son désir. De face, de profil, en plongée, en contre-plongée...ou même de dos...On va voir ici que ce dernier choix n'est pas aussi rare qu'on pourrait le croire.  









(A.Hachette . 1910) (C.W.Eckersberg . 1841) (W.Etty . v1830)




(J.J.Henner . v1860)         (C.W.Merritt . 1888)        (G.Courbet . v1850)




(R.Chapelain-Midy . 1932) (J-A-D.Ingres . 1828) (F.Hayez . 1859)



 
 
              
(Ecole Rembrandt)           (F.Hayez . 1830)              (A.Sicurezza . 1970)





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1-2-3
                                           






 
                                                                            
(André Hachette . 1910)  

Cette oeuvre est techniquement parfaite, bien composée, bien équilibrée, le dessin en est sûr et agréable, la pose du modèle est classique et judicieuse, on aime bien ce regard en coin qui dit la modestie, la retenue, l'intériorité paisible...C'est peut-être un peu trop composé-équilibré-dessiné-judicieux-retenu-et tout et tout...Ca peut ennuyer.  
                                                            




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(C.W.Eckersberg . 1841)  


Cette toile est une des oeuvres majeures d'Eckersberg, peintre danois élève de David au début du 19ème siècle. Ce qui domine ici, c'est un sentiment de calme, de paix, de certitude et d'harmonie. La table verte d'un côté et le miroir cerclé de bois brun luisant de l'autre encadrent un dos au dessin parfait, à la chair ferme, à la peau éclatante de santé, qui s'évase merveilleusement vers le bas (le premier qui a comparé le corps d'une femme à un violoncelle était un génie..)  
Ce dos nous dit que la femme va bien, qu'elle est belle et qu'elle le sait. Le geste de la main droite indique sûrement qu'elle est en train de terminer son chignon à l'aide d'épingles que sa main gauche prend sur la table. Cette coiffure sage, stricte, une fois achevée, il faudra vêtir le corps pareillement et le cacher aux regards. En attendant, la femme est à l'aise dans sa nudité, et le peintre nous montre cela avec beaucoup de talent. Il nous introduit dans l'intimité de cette femme un peu par effraction, par derrière donc...et nous fait partager ce moment où le corps dévêtu pour la toilette n'est là que pour elle.
                      


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(William Etty. début 19ème)  
  

Quelle croupe ! Qu'on me pardonne cette saillie (si j'ose dire...), mais ce dos est un chef d'oeuvre d'animalité, il n'y a que les femelles (d'animaux hein...) pour être pareillement équipées !  
C'est l'occasion de noter que le corps féminin vu de dos révèle bien souvent ce que cache la devanture. L'insupportable, socialement parlant, dans un corps de femme, c'est bien ce qu'on voit ici, et qu'Etty brosse avec une délectation évidente. Les fesses de cette femme (appelons les choses par leur nom) remplissent le tableau, on ne voit qu'elles ! Leur volupté nous surprend, nous nargue, nous enveloppe. Il faut qques instants pour récupérer de l'étonnement et pour observer une chose un peu folle qui n'a pas pu échapper au peintre: la fesse gauche est au moins deux fois plus grosse que la tête !Rire. On en conclut ce qu'on veut...





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4-5-6




 
                                                               
(Jean-Jacques Henner . fin 19 ème)  


Ici le peintre nous donne à voir un dos complètement violoncelle, la comparaison s'impose cette fois. On entend le chant de l'instrument qui court dans la paysage. On entend aussi clapoter l'eau au fond du puits. Le tableau a une dominante brun-rouge (végétation, margelle du puits, mais aussi cheveux de la femme) qui lui donne bcp de chaleur. Le peintre a choisi de flouter légèrement les formes, et d'abord celles de la femme, qui apparait ainsi de façon un peu irréelle, imaginaire, d'une blancheur éblouissante dans sa peau de rousse.Ce dos est fantômatique, ou plutôt fantasmatique, ce que nous voyons n'est pas une femme , c'est LA femme, la belle, la rêvée, celle qui réalise nos voeux secrets dans une sorte de brume qui la nimbe. Ce dos est l'écran sur lequel nous projetons nos désirs.  





***




 
                                                               
(C.W.Merritt . 1888)  


Ce dos offre peu de prise au commentaire. Il s'impose au regard tranquillement, il est évident, il va de soi. Une belle femme brune émerge d'un amas de tissu, peut-être une robe qu'elle a fait glisser pour la retoucher, peut-être tout à fait autre chose, peu importe. Peu importe également le décor uniquement fait de taches de couleur. La seule chose qui compte ici c'est ce dos splendide dans sa nudité, éclatant de vitalité, montant jusqu'à la racine des cheveux dans la nuque dégagée, offerte à la vue. 
Le grand talent du peintre est d'avoir fait surgir cette beauté nette et lumineuse d'un tas indistinct de tissu jaune-brun, comme une fleur de sa tige, et de l'avoir couronnée de cette masse de cheveux très bruns, presque noirs, qui font ressortir l'éclat du dos (Admirons au passage le dessin de ce dos qui s'évase depuis la taille jusqu'aux épaules, d'où il repart à l'assaut de la tête.)





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(Gustave Courbet . v 1850)  


Dans ce dessin préparatoire à une toile, Courbet ne cherche pas à faire oeuvre personnelle, il travaille. Pourtant cette jeune femme vue de dos est superbe. Superbe à la fois comme femme et comme esquisse d'une toile. Le peintre joue ici sur une dissymétrie entre la droite et la gauche de son corps. Le bras levé, mais aussi le pied en extension, allongent le côté gauche, étirent la silhouette, la font danser presque, tandis que le côté droit assure la stabilité, le maintien. Cette dissymétrie donne un grand dynamisme à l'ensemble, sans qu'il soit nécessaire d'en faire davantage.  
Ce dos dit la beauté d'un corps de femme nue, la grâce de ses gestes, mais aussi l'avancée, le mouvement, la vie.






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7-8-9




 
                                                         
(R.Chapelain-Midy . 1932)  


Dos large, presque athlétique, abritant par conséquent un "coeur gros comme ça", bouquet de printemps à la main, yeux de biche, bouche à croquer...On craque !  
Cette toile étrangement anachronique (en 1932, la peinture a rompu depuis longtemps avec la copie du réel) n'a pas d'autre intérêt que de nous donner à voir une ravissante jeune femme. Ce n'est déjà pas si mal, ne faisons pas la fine bouche. Le foulard bleu qui balaie les épaules, la combinaison qui tombe sur la jupe, et surtout les fines bretelles dont la blancheur se détache sur un fond sombre, tout cela ajoute une touche de sensualité discrète à cette oeuvre modeste.
Les femmes vues de dos sont décidément bien attrayantes.





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(J.A.D. Ingres . 1828)  
  

Ha Ingres, quel trait magnifique ! Quelle perfection dans le dessin ! Et quelle simplicité dans la composition, toujours ! 
Qui ne voit ici la masse claire, presque blanche, du dos de cette femme, ouvrant sur la gauche vers les autres femmes du harem ? Car nous sommes dans un harem, et les femmes que nous voyons n'ont d'autre but dans la vie que de se laver, se parfumer, s'apprêter pour une nuit éventuelle avec le propriétaire des lieux. Le 19ème siècle en France, dans certaines sphères, était fasciné par l'Orient, ses fastes, ses mystères et...son utlisation des femmes comme simples objets de plaisir. Ingres s'est emparé de cette mode pour peindre des toiles dont nous ne voyons plus ce qu'elles avaient d'humiliant pour les femmes. Avec le temps, nous ne voyons plus que la beauté des corps, la qualité du peintre, la précision millimétrique de chaque détail dans ce décor de carton pâte, totalement imaginaire bien sûr.Ce que peint Ingres ici c'est un fantasme de harem, une espèce de paradis pour occidental, un endroit idéal, paisible, à l'écart du monde, où l'on fait trempette en souriant. Avouons que c'est très beau à voir, que les "pensionnaires" sont bien agréables à voir, et que l'équilibre, la maîtrise du tableau nous comblent d'aise.






  
***








 

(F.Hayez . 1859)  


On regarde, on admire. Le dos est beau, le profil délicat. Les jambes fléchies, le bras levé donnent à l'ensemble le mouvement nécessaire. Mais au fait...pourquoi cette femme est-elle plaquée contre le mur?  
                                            


 
  

Cette femme se cache, sa main s'agrippe au coin du mur. Elle regarde vers le bas.  


 
  

Mais oui, il y a bien quelque chose en bas et ça peut faire peur. En tout cas sous cette forme embryonnaire, à peine esquissée, brrr...Il y a là un être fantômatique qui cherche la femme...Nous ignorons ce que le peintre avait l'intention de peindre à cet endroit, mais au moins il en a laissé trace, ce qui donne un sens à l'attitude de la belle nue.  
(Et puis après tout on peut rêver. On peut aussi se dire que ce que nous voyons est le tableau achevé, et qu'Hayez a peint un fantome lubrique, un vrai fantôme à peine visible avec des yeux humains)




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10-11-12







 
                                                                                 
(Ecole de Rembrandt)  
   

Dessiné au 17ème siècle par un élève de Rembrandt, ce dos dit la fatigue, la tristesse peut-être aussi. La mèche de cheveux qui s'échappe indique que la femme n'a pas pris le temps d'ordonner sa coiffure, ce qui est plutôt rare pour une femme. Les épaules voutées, la torsion de la colonne vertébrale, les bras ramenés devant le buste achèvent de nous dire la détresse qui émane de ce dos.  







  
***








 
                                                                                               
(F.Hayez . 1830)  
    

Ici le fait que cette belle femme puissante et sereine soit vue de dos permet de l'admirer côté pile. Avouons que ça vaut le coup ! 
On a rarement vu pareil fessier sur une toile classique...


 


Contrastant résolument avec la finesse du visage, on voit que le bas du corps de cette Vénus est on ne peut plus charnel. Le peintre ne cache pas le plaisir qu'il éprouve à la peindre, en haut comme en bas. 


 








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(A.Sicurezza . 1970)  


Cette jeune femme, beaucoup plus proche de nous dans le temps, a un corps moderne, à l'aise dans la nudité. Elle vient sans doute de se réveiller, elle a les cheveux emmêlés, elle a posé un pied par terre, et elle reste là, au bord de son lit, attendant que se dissipent les brumes du sommeil, rêvassant encore un peu. Le dos est relâché, il n'est pas encore en activité, il garde le souvenir de la position allongée. Sa voussure ici n'est pas signe de lassitude, on sent qu'il va bientôt se redresser.  








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Dernière édition par allegro le Mar 12 Mai - 13:02 (2009); édité 7 fois
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MessagePosté le: Mar 14 Avr - 13:43 (2009)    Sujet du message: Publicité

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Inscrit le: 05 Mar 2009
Messages: 661

MessagePosté le: Mer 15 Avr - 00:07 (2009)    Sujet du message: Nues de dos

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Ajout à la série des dos, oubli coupable, cette merveille.





(La toilette de Vénus . P.P.Rubens 1615)


Les premiers mots mots qui viennent, à la vue de cette célèbre Vénus du non moins célèbre Pierre Paul Rubens sont : luxuriante, abondante, appétissante. Cette chair donne envie de manger, de mordre, de s’y blottir, de s’y perdre. La chevelure est d’une blondeur étourdissante, une des plus belles sans doute qu’on ait vues en peinture, elle crie la beauté de cette femme. On se sent bien, on est au chaud, admiratifs et tout à fait à l’aise.
Et puis les yeux remontent et l’on découvre le regard de la belle, et soudain notre élan est coupé: Vénus nous fixe dans le miroir sans tendresse, et l’on sent comme un reproche dans ses yeux assez froids, un peu calculateurs. Ils disent tout le contraire du reste de son corps, ils mettent une barrière entre elle et nous, ils nous renvoient à ce que nous sommes, des spectateurs.Le puissant intérêt de cette toile est là, dans la contradiction totale entre un dos confortable, accueillant, d’une animalité assumée, et un regard pour le moins distant, interrogatif. Que cette opposition transite par le miroir, par un reflet, ajoute encore à la chose : la méfiance de Venus est ici comme l’envers complice du cadeau qu’elle nous fait par ailleurs en montrant sa nudité. D’un côté du miroir il y a la beauté, le plaisir, et de l’autre côté, revenant en boomerang, une question posée par la femme à ceux qui la regardent.





 
L'admiration, voire l'élan des premiers instants (admiration de l'oeuvre, élan vers la femme) se brise sur ces yeux acérés qui nous disent stop !
A ceux qui voudraient à tout prix que Vénus soit une déesse, et une déesse chic en plus, distinguée, élégante, avenante, le miroir répond non. La Vénus de Rubens est à l'évidence une courtisane, une prostituée disons-le, qui vit de ses charmes, elle n'a rien à voir avec le personnage de la mythologie grecque ou romaine auquel son nom renvoit.
Sauf à passer tout à fait à côté de ce chef d'oeuvre, il faut voir ici une Vénus au sens courant, trivial, une femme qui plait aux hommes et qui sans doute en fait commerce.





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