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Le spleen de Baudelaire

 
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allegro


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Inscrit le: 05 Mar 2009
Messages: 661

MessagePosté le: Lun 13 Avr - 23:29 (2009)    Sujet du message: Le spleen de Baudelaire

.



SPLEEN      



J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans      
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,      
De vers, de billets doux, de procès, de romances      
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,      
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.      
C'est une pyramide, un immense caveau,      
Qui contient plus de morts que la fosse commune.       
 
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,      
Où comme des remords se traînent de longs vers      
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.      
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,      
Où gît tout un fouillis de modes surannées,      
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,      
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.      
 
Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,      
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années      
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,      
Prend les proportions de l'immortalité.      
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante!      
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,       
Assoupi dans le fond d'un Sahara brumeux;      
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,       
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche      
Ne chante qu'aux rayons d'un soleil qui se couche.      




    








LE SPLEEN DE PARIS     


Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer.
Pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.



      

(Baudelaire sous l'effet du haschich . Autoportrait 1844)       



Texte et dessin, Baudelaire parle ici de sa propre vie. Pour supporter sa mélancolie, qui chez lui ressemblait beaucoup à de l'angoisse à l'état pur, il a sa vie durant usé et abusé d'alcool et de drogues dures en grande quantité, qui ont eu rapidement raison de sa santé (il est mort à 46ans).

L'admiration que nous éprouvons pour le poète et son génie ne doivent pas nous masquer la vérité de l'homme: drogué, alcoolique, on dirait aujourd'hui que c'était un grand dépressif. La mélancolie n'est pas un état à prendre à la légère, dans tous les cas elle fait souffrir, et dans certains cas comme ici elle mène en droite ligne à la mort. Baudelaire décrit ici son propre suicide.






Lecteur paisible et bucolique,
Sobre et naïf, homme de bien,
Jette ce livre saturnien,
Orgiaque et mélancolique
Si tu n'as fait ta rhétorique
Chez Satan, le rusé doyen,
Jette! Tu n'y comprendrais rien,
Ou tu me croirais hystérique

Mais si, sans te laisser charmer,
Ton oeil sait plonger dans les gouffres,
Lis-moi, pour apprendre à m'aimer;

Âme curieuse qui souffres
Et vas cherchant ton Paradis,
Plains-moi!...Sinon je te maudis.


(Epitaphe pour un Livre Maudit. Les Fleurs du Mal)   




      

(photo de Nadar)      


( Petit coup de génie de Nadar, qui photographie Baudelaire en reflet dans une sorte de vitre cassée...)       





BAUDELAIRE EN IMAGES      




Les dessins, tableaux et photos de Baudelaire ne manquent pas. En voici quelques-uns.       



Trois autoportraits       
                   

      





  

Deux dessins de Manet








Deux fantaisies       
                   


      




Six photos       
               


      
                     



      





Et un très beau dessin de Matisse       
                           






Recueillement
 
                                         
                             

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.


Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,


Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;


Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul,traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.







Ce poème très célèbre est caractéristique de la "pensée" de Baudelaire. Le voici qui interpelle sa douleur, qui s'adresse à elle comme à une personne.
Baudelaire chérit ce qui lui fait mal, il aime sa souffrance comme on aime une femme, il l'aime plus que tout, c'est elle qui le fait vivre, qui le fait écrire. Il a su très tôt que rien dans le réel ne pourrait jamais le satisfaire, il en a beaucoup souffert, avant de s'emparer de cette souffrance pour la dire, la redire et la dire encore, de façon magnifique, sublime même. Il n'a vécu vraiment que dans l'écriture.
Des esprits mal intentionnés pourraient voir là la marque d'une tendance au narcissisme, à la complaisance avec soi. Et si c'était la plus belle façon de vivre avec sa mélancolie...?!




Il ne fait aucun doute que Baudelaire est un grand, un immense mélancolique, le plus grand, le plus absolu, le plus définitivement mélancolique sans doute de tous les écrivains-poètes. Avec lui on nage en permanence dans le regret de quelque chose ou de quelqu'un , on ne sait pas précisément qui ni quoi, qui fuit et qui fuira toujours.





Je t'adore...




Je t'adore à l'égal de la voûte nocturne,
O vase de tristesse, ô grande taciturne,
Et t'aime d'autant plus, belle, que tu me fuis,
Et que tu me parais, ornement de mes nuits,
Plus ironiquement accumuler les lieues
Qui séparent mes bras des immensités bleues.

Je m'avance à l'attaque, et je grimpe aux assauts,
Comme après un cadavre un chœur de vermisseaux,
Et je chéris, ô bête implacable et cruelle !
Jusqu'à cette froideur par où tu m'es plus belle !








La cloche fêlée...




II est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
D'écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s'élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente!

Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
II arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le râle épais d'un blessé qu'on oublie
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts





Baudelaire, partout, ne trouve que la mort, la mort toute proche de lui, toujours.
Cet homme n'a sans doute jamais été jeune... ni vieux d'ailleurs...
"Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux", puis "un blessé qu'on oublie au bord d'un lac de sang", tel se sent Baudelaire, ignoré, oublié, lui que même la gloire ne pourra consoler de l'ignorance et de l'oubli.
Avec lui on peut mesurer à quel point la mélancolie est beaucoup plus qu'une tristesse vague, élégante, un peu à la mode: elle prend dans son oeuvre une dimension tragique, et la forme d'une plainte toujours recommencée, obsédante, parfois violente, en tout cas sans issue.










P.S. de Lilas:



A une passante





La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !







Qu'y a-t-il de plus mélancolique que ce qui n'a pas été?




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MessagePosté le: Lun 13 Avr - 23:29 (2009)    Sujet du message: Publicité

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