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Peintres et modèles

 
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allegro


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Messages: 661

MessagePosté le: Mar 24 Mar - 00:16 (2009)    Sujet du message: Peintres et modèles

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PEINTRES ET MODELES              








Un peintre et son modèle, c'est un couple, il faut dire cela d'abord. Il y a là deux personnes liées par des rapports complexes, d'intérêt parfois, de séduction le plus souvent. C'est ce que montrent clairement les tableaux que nous avons réunis ci-dessous. Il est vrai qu'être nue (nu) face à une personne habillée est déjà en soi une situation extrème.Voyons cela de plus près.             


Voici pour commencer le plus ancien tableau connu sur le sujet "peintre et modèle".                 


                  
                                                                                          
(Rogier Van der Weyden . 1435)   
     


1435 ! Etonnant! A la sortie du Moyen Age on trouve déjà le dispositif de base qui va courir jusqu'à nos jours: une personne se dévêt sous l'oeil d'un artiste. Encore plus étonnant: ici c'est la Vierge Marie, qui se prête au jeu sans gêne apparente. Les plus gênés peut-être c'est nous, qui regardons ça. En effet, autant les tableaux de Marie seule allaitant Jesus sont courants et ne nous dérangent nullement, autant la présence d'un homme dans le tableau fixant des yeuxle sein de la Vierge, nous met subitement mal à l'aise, un peu comme si nous étions les voyeurs d'une scène intime.             

Nous sentons sans doute confusément que le regard de l'homme est comme le nôtre: il ne peut pas être tout à fait neutre, froid, désintéressé.









                  
                                                                                                 
(Carle Van Loo . 1753)  
      



Ce tableau du milieu du 18ème siècle (siècle libertin) est d'abord une bouffée de fraicheur. Ces enfants pétillent de vie, ils ont les joues bien roses, ils sont gais. Bien sûr les mauvais esprits diront que cette toile est moins innocente qu'il n'y parait: les garçons regardent la petite avec appétit, tandis qu'elle fait sa coquette en inclinant la tête, en provoquant un peu du regard ses camarades, en levant un doigt charmant, et en montrant sans embarras sa nudité de petite femme. Quant aux très mauvais esprits, ils diront que ce spectacle est un régal pour les vieux pervers.              

Laissons-les dire.              










                                                                                  
(L'atelier du peintre . G.Courbet)  
      
Le très célèbre tableau de Courbet nous offre une vue panoramique de son atelier de peintre, mais à y regarder de plus près il ne l'a pas peint dans un but documentaire, les gens qui l'entourent ne sont pas là pour le regarder peindre, ni pour se réunir et bavarder un moment, ils ne sont que les représentations d'eux-mêmes, ils sont la galerie des amis ou connaissances célèbres de l'artiste (exemple: Baudelaire en train de lire à l'extrème-droite).                
 


On pourrait dire, schématiquement, qu'il y a dans cette toile deux mondes qui se cotoient sans se voir: il y a la foule des présents d'une part, perdus dans leurs pensées, et il y a, exactement au centre de la scène, le peintre entouré des seuls qui s'intéressent à son travail: un enfant le nez en l'air et une femme nue, masquant maladroitement sa nudité, et penchée en avant pour voir ce que trace le pinceau de l'artiste. Or ce pinceau, étrangement, ne la peint pas elle, qui est pourtant visiblement là pour ça, il peint un détail champêtre, sous l'oeil de celle qu'il devrait regarder. Le tableau ici inverse les rôles: c'est le modèle qui regarde le travail du peintre, lequel est ailleurs, à la campagne.             
Au total donc, ici personne ne regarde personne, personne ne s'intéresse à quiconque, le tableau renvoie chacun à ses préoccupations, à sa solitude peut-être, mais ce qu'on voit est bien l'atelier d'un peintre.                
Sacré Courbet !                













                  
                                                                         
(Phryne devant l'aréopage . J.L.Gérome 1861)  
      
Presque exactement contemporain du précédent, voici un tableau également assez étrange. On y voit, sous le pinceau de Jean-Léon Gérôme, peintre du 19 ème catalogué "pompier" et épris de classicisme, une célèbre modèle (prostituée par ailleurs), réputée pour sa grande beauté et amante, parmi d'autres, de Praxitèle, le grand sculpteur grec.                


             
                                                                                                            
Phryné vient d'être dévoilée, dénudée, devant cette sorte de tribunal, par l'orateur qui la défend (elle est accusée d'avoir introduit en Grèce une déesse étrangère). Celui-ci, à bout d'arguments, exhibe devant les juges la beauté de sa cliente. Les réactions sont nombreuses dans l'assistance (bcp de mains levées, bcp de bouches ouvertes, s'exclamant). Quant à elle, elle se cache le visage, car la violence de cette situation est grande: cette meute d'hommes qui se repaissent de la vue de son corps nu a de quoi faire peur. La perfection de sa beauté n'en apparait que plus grande.                 
(N.B.: elle sera acquittée)             










                  
                                                                          
(Alexandre Antigna . milieu 19ème siècle)   
     
Nous sommes ici dans une ambiance plus chaude, plus intime. Le peintre et son modèle au sein généreusement dévoilé échangent un regard lourd de désir, tandis que le figurant homme costaud (voir aussi sur la toile) regarde ses cartes.                 
Il s'agit sans doute d'une pause dans le travail, les modèles font une partie pour se détendre, la femme n'a pas pris letemps de se rajuster, elle continue de montrer sa beauté, mais cette fois elle le fait dans le but évident de séduire l'homme accoudé à son fauteuil.             
 
 

             
                                                                                                            












                  
                                                                                 
(Massimiliano Gallelli . début 20ème)  
    
Ce tableau est amusant à deux titres. Il y a d'abord ce peintre aux airs de révolutionnaire bolchévique qui semble fasciné par le bas-ventre de son modèle. Et puis il y a la jeune femme modèle, qui a pris une pose provocante, sans doute à la demande du peintre; elle s'en sort à son avantage, avec le sourire                
 







          
                                                                                          
(Juan Pablo Salinas 1891)  
   
Le peintre a posé sa palette et s'est approché de son modèle. Ce qui frappe ici, c'est l'attitude pleinement offerte de la femme. Le tableau réussit à nous faire sentir que son corps est un cadeau qu'elle fait au peintre (et à nous), elle est dans l'abandon absolu, elle savoure cet état, elle est sans retenue, sans pudeur, mais aussi sans ostentation, sans vulgarité. Elle est belle, elle le sait, elle se sent bien dans sa beauté, voilà ce que le peintre (celui qu'on ne voit pas) nous fait partager, éprouver avec elle.          
                                                                 (Noter les détails du décor: angelots, statuette amoureuse, autre femme nue)        

        

L'homme a un geste du bras et de la main qui peut être destiné à remettre une boucle en place, mais qui peut également être l'esquisse d'une caresse. La sensualité qui émane de la toile toute entière, et en particulier de ce corps resplendissant, nous font pencher pour la caresse...         








             
                                                                                           
(Henri Matisse . début 20ème)  
  

La mise en relation du modèle avec la statue de marbre au fond n'est évidemment pas fortuite. Il règne dans ce tableau une ambiance fantômatique, les êtres vivants sont des ombres, qui se fondent dans le décor de l'atelier.              
 







             
                                                                             
(The life model . Peter Bougie . fin 20ème)  

Curieux dispositif dans cette toile. La femme est juchée sur une sorte de table ou d'estrade, le peintre est assis au bord, pinceau à la main, concentré sur son travail. La modèle nous regarde en face, à moins qu'elle regarde l'autre peintre, le vrai, celui qui peint vraiment. Enfin son pied repose sur une cale mise là dans ce but. Ce détail nous dit clairement que sa pose va durer des heures, et qu'elle doit se tenir comme ça et pas autrement, même si son pied ne repose pas sur la table de façon naturelle.             
On notera aussi que la femme, c'est inhabituel, est moins jeune (on se demande même si ses cheveux ne sont pas un peu grisonnants). Le tableau a l'audace de nous montrer la beauté de l'âge mûr.     
 
 





J'ai hésité à mettre le tableau que voici, violemment narcissique. Il donne cependant une autre vision du rapport peintre-modèle.             


            
                                                                                                 
(Willenbrink)  

Le peintre appelle cette toile "autoportrait avec modèle", et on voit bien en effet que le vrai sujet c'est lui, lui qui regarde vers nous avec              
cette moue un peu méprisante. La pauvre modèle, pas bien belle, n'est là que pour remplir le cadre, elle n'a pas plus d'existence que les poissons morts à côté d'elle. Willenbrink a sans doute voulu donner de la Femme une image dégradée, vulgaire, masse de chair vautrée,offerte aux regards sans la moindre grâce. C'est réussi.     









   
                                                                                                             
(Malerin)  

Curieux objet, mélange réussi de calme et de provocation.             
Deux femmes ensemble, dont l'une est nue, dans une position qui offre à l'autre une vue imprenable... Et puis ce regard sympathique et légèrement implorant de la modèle vers nous. Autour d'elle tout est artificiel, un peu raide (écrans au fond, femme-peintre plantée comme un piquet sur sa chaise, peau luisante comme celle d'une poupée, avec des bras articulés dans des positions artificielles). Peut-être la modèle appelle-t-elle un peu au secours, venez me libérer de cet univers déshumanisé...venez me libérer de ce robot qui me peint.             
 













Terminons cette brève incursion dans l'univers complexe, multiple, mouvant et chatoyant des relations entre peintres et modèles, en regardant la façon dont deux géants du 20ème siècle, Magritte et Picasso, ont abordé le sujet.              

             

(Tentative de l'impossible . Magritte 1928)  


Les deux peintres ont une chose en commun: ils ne peignent pas des modèles vivants, ils ne "copient" pas le réel. Ils se peignent en train de peindre, le pinceau à la main, et ce qu'ils peignent est là sous nos yeux, nous sommes en direct avec eux. C'est ainsi que nous voyons naitre le bras de la femme peinte par l'un, tandis que le pinceau de l'autre fait apparaitre les courbes d'un corps de femme allongée. L'acte de peindre, dans les deux cas, fait partie du tableau, et dans les deux cas c'est à une naissance que nous assistons.             


             

(Le peintre et son modèle . P.Picasso 1963) 

On retrouve ici une des grandes caractéristiques de la modernité: dans tous les arts, on ne cache plus que ce qu'on fait est un travail, on donne même à voir ce travail, on l'intègre dans les oeuvres, et celles-ci, qu'elles soient film ou roman ou toile, avancent sans effacer leurs traces.             

Tel est ce qui réunit ici Magritte et Picasso, tel est ce qui marque leur rupture avec le classicisme.




Post-scriptum souriant





Un petit sourire pour saluer l'humour de cette photo, sur laquelle on voit l'artiste se risquant à imiter (pasticher peut-être) sa propre oeuvre. (On notera au passage que le port des charentaises n'est pas toujours un signe d'embourgeoisement...) J'avoue avoir cligné des yeux pour bien voir le bras gauche de la femme, et m'assurer qu'il était en place.Bien sûr cette photo ajoute à la mise en abyme déjà contenue dans le tableau. Déjà le peintre se peignait lui-même en train depeindre, mais là il fait une photo où il se montre en chair et en os en train de faire semblant de peindre un nu de cette femme en maillot, et alors ça devient un peu fou, ce cliché multiplie l'effet de miroir, il donne le vertige si on se prête au jeu...



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